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Construire la prise de parole

lundi 9 juin 2008, par Michel Moine

La présente contribution a servi de fil conducteur à la réflexion menée lors du stage « productions orales et compréhension auditive en cours d’allemand » proposé au PAF en 2006-2007.

Il est clair que toutes les activités de prise de parole ne se situent pas toutes au même niveau dans l’apprentissage et que l’activité langagière « s’exprimer à l’oral (en continu ou en interaction) » se contruit pas à pas. Il est donc nécessaire de bien identifier et prendre en compte les différentes étapes par lesquelles l’élève passe obligatoirement.

 l. Les étapes de la prise de parole

L’élève au cours de son apprentissage doit
- d’abord répéter ce qu’il a entendu et compris : la répétition / la reproduction sont une première étape indispensable (identification des phonèmes, des lexèmes, des unités minimales de sens, l’identification des liens qui unissent deux ou plusieurs unités de sens) ;
- puis répondre à une question (ce qui suppose que l’on a bien sûr compris cette question !) ou poser lui-même une question ;
- avant de pouvoir élaborer un message : à partir d’un support ou d’élément connus ;
- et finalement inventer, créer, improviser dans une situation donnée, s’exprimer en son nom propre.
De même que l’élève doit savoir pourquoi il doit écouter, c’est-à-dire savoir ce qu’il a à comprendre dans un document, il doit savoir ce qu’il a à dire et comment il peut le dire.

Il faut prendre prendre en compte
a) des facteurs d’ordre linguistique

- mobiliser le lexique et les structures mis en place avant de commencer en explicitant le contexte, les rôles et la tâche ;
- la tâche : par exemple, si les élèves sont habitués à donner leur avis, à imaginer un scénario, à créer des dialogues ;
- graduer les difficultés.

b) des facteurs d’ordre psychologique

- mettre les élèves en confiance (aussi par les formes de travail proposées) en fixant des tâches et en élaborant des consignes qui déclanchent la prise de parole et sont de difficulté croissante.
- motiver les élèves pour la prise de parole : ils ne s’expriment que si ils y voient un objectif, un enjeu, un intérêt . La tâche proposée doit avoir du sens pour l’élève et pour son apprentissage.

c) les trois phases de l’expression

- l’élaboration de la pensée : ce qui doit être dit et comment en relation avec la situation et l’interlocuteur (trouver les idées qui répondent à la nécessité de la communication) ;
- l’élaboration du discours, la formulation : la transformation de ce qui doit être dit et comment en phrases (mobilisation des moyens linguistiques dont l’élève dispose : lexique et grammaire) ; - la réalisation sonore et gestuelle du message. C’est celle que nous pouvons constater, mesurer voire évaluer chez les élèves.

Les phases 1 et 2 se déroulent dans la tête de l’élève.
Autrement dit : l’élève doit passer de ce qu’il sait dire (ce qui a été vu en classe) à ce qu’il peut dire (ce qu’il a retenu / mémorisé / transféré) pour arriver à ce qu’il doit dire (élaboration d’un message qui a du sens dans la situation donnée et qui de plus est correctement exprimé / formulé.).

 ll. Les différents types d’activités dans la contruction de la prise de parole

A. Activités qui donnent aux élèves les moyens linguistiques de s’exprimer

1. Des exercices de prononciation
De même que la perception correcte à l’oral des sons /phonèmes, des mots, des groupes de mots, des accents de mots, de phrase et de la mélodie de la phrase est une étape indispensable à la compréhension, la répétition d’abord puis la reproduction ensuite se doivent d’être le plus fidèles et proches possible du modèle. D’où la présence dans les manuels actuels de nombreux exercices portant sur l’identification - puis la reproduction correcte des phonèmes, des diphtongues - , sur la longueur des voyelles, l’accent de mot, l’accent de phrase et la mélodie de la phrase

2. Des activités pour acquérir et mémoriser le lexique
Même si apprendre du lexique ne consiste pas à apprendre des mots, des listes de mots, il est indispensable de le mémoriser afin d’être en mesure de le réutiliser de façon guidée, puis semi-guidée enfin de façon autonome.
Il est également nécessaire de présenter le lexique en contexte à l’apprentissage et de permettre sa réutilisation en situation pour qu’il devienne « actif » ; en effet, le lexique isolé, un mot en dehors de tout contexte n’est pas mémorisé à long terme et est rapidement oublié, car c’est le contexte qui lui donne son sens, qui fait que les mots et les relations entre les mots donnent du sens au message.

Il faut donc distinguer - dans le domaine du lexique aussi - différents types d’activités langagières :
a) les activités langagières qui permettent de présenter / et faire mémoriser le lexique telles que
- l’associogramme (qui permet de faire le point sur le lexique dont l’élève dispose spontanément et peut être aussi l’occasion de pratiquer des « greffes lexicales » selon les besoins),
- l’utilisation d’un support image / photo tout en privilégiant celles qui nous suscitent notre curiosité ou notre émotion (sinon, on reste au stade de la mémorisation à court terme.),
- la mise en relation d’une image et d’un mot, d’un objet et d’un mot
- la recherche individuelle ou en binômes de termes nécessaires à l’expression (travail avec le dictionnaire, recherche documentaire, …)
- Kettenübungen, exercices en chaîne Un exemple « classique » : faire sa valise :

  • Elève A : Je fais ma valise. Je prends un pantalon.
  • Elève B : Je fais ma valise. Je prends un pantalon et un T-shirt.
  • Elève C : Je fais ma valise. Je prends un pantalon, un T-shirt et un pull. etc

b) les activité langagières qui permettent d’utiliser le lexique et entraînent à l’expression orale avec l’objectif de la rendre plus fluide :
- Wechselspiele / Partnerspiele / pairwork où l’élève travaille avec un déficit d’information à compléter à deux
Ces activités favorisent l’interaction entre les élèves, le professeur change également de rôle : il est davantage celui qui oriente, guide et conseille que celui qui sanctionne l’erreur et corrige systématiquement.
- Jeux de rôles avec jalons lexicaux ou situationnels : expression orale guidée

3. Des activités qui donnent aux élèves les moyens d’expression
Wechselspiele / Partnerspiele / pairwork qui sont souvent des exercices structuraux déguisés, mais qui sous une forme ludique, permettent de faire manipuler et donc mémoriser des moyens d’expression en situation.
Il faut d’ailleurs placer ces moyens d’expression dans une progression « spiralaire » qui prend en compte - l’âge des élèves - le niveau de langue - la situation et son authenticité
Exemple : l’accord / le désaccord dans tous les manuels du 1er et 2nd cycles.
Les moyens se diversifient et sont de plus en plus complexes au fur et à mesure que l’élève progresse dans son apprentissage
- C’est vrai ! / Oui / Tu as raison ! / Juste ! / Tout à fait !
- Pourquoi pas ? / (C’est une) bonne idée. / Je suis d’accord avec toi./
- Il n’en est pas question ! / Je regrette mais… / Je suis contre / etc.

4. Des activités qui donnent aux élèves les outils grammaticaux :
Les exercices, struturaux ou non, permettant à l’élève d’acquérir les moyens dont il a besoin. Le moment, la place, la façon de présenter et travailler un fait de langue (introduit ou réactivé / traitement explicite ou implicite / approche déductive ou inductive) sont en relation étroite avec la tâche et le projet linguistique.

Pour que les élèves s’approprient les moyens grammaticaux nécessaires à l’expression, il faut s’efforcer de
- rendre les règles de grammaire « évidentes », les visualiser ;
- travailler sur la complexification progressive des phrases (entraîner l’élève à passer d’une phrase simple à une phrase complexe en ajoutant progressivement des éléments) ;
- montrer comment se construit la phrase ;
- être conscient de la multiplicité des règles que l’élève doit maîtriser pour énoncer une phrase telle que : Pendant les vacances j’ai rendu visite avec mes parents à ma grand-mère qui vit dans les Alpes.

Sans perdre de vue que concernant la grammaire
- l’élève est soumis à la pression du temps (différence avec l’écrit) ;
- il doit penser à ce qu’il veut dire et à la façon de le formuler. Or, penser au comment on va dire les choses bloque l’expression car il est très difficile de parler et de penser simultanément à une règle de grammaire.

B. Activités qui font manipuler les moyens linguistiques donnés aux élèves et donc structurent la prise de parole,
- Les pairwork : certains peuvent être (ré)utilisés à ce stade de manipulation. La répétition et la manipulation sont des éléments importants de la fixation et de la mémorisation.
- Les activités semi-guidées de dialogue soit par écrit, soit oralement, le tout à partir de jalons lexicaux (phrases toutes faites – expressions à utiliser - groupes verbaux à l’infinitif ou non) ou situationnels (cadre d’une situation de communication posé).
- Les interviews, les enquêtes : poser des questions à quelqu’un ou répondre à des questions (selon ou non selon un modèle) ;
- L’entraînement à l’expression en continu : le compte rendu de lecture, la reformulation d’un document, le compte rendu d’un travail fait en groupe ;
- L’utilisation de documents iconographiques : histoires en images notamment.
Cet entraînement peut être conduit à différents moments du cours : récapitulation de ce qui a été dit / fait au cours précédent, brève phase de synthèse intermédiaire, le résumé d’une discussion menée en classe, etc.

C. Activités qui mettent les élèves en situation d’utiliser les moyens dont ils disposent et donc simulent la communication verbale,
- Les jeux de rôles dans lesquels les élèves ont à assumer un rôle.

  • ils permettent à l’élève de ne pas obligatoirement parler en son nom propre, ni de jouer un rôle qui n’est pas forcément le sien (avantage psychologique avec les élèves timides) ;
  • ils sont un moyen de susciter la créativité au sens où ils permettent d’improviser et entraînent à réagir avec un spontanéité plus ou moins grande ;
  • ils entraînent à la confrontation avec d’autres, et pas seulement avec le professeur qui évalue (et est parfois le seul à … écouter attentivement si le reste de la classe n’a pas de tâche d’écoute explicite) ;
  • ils permettent enfin et surtout de simuler des situations de communication que l’élève sera peut-être amené à rencontrer face à des germanophones.

- Le débat et l’argumentation : pour ou contre
Le débat : exprimer son avis, structurer son argumentation (justifier, affirmer), réagir à une proposition / idée formulée par un autre élève. Pour cela, il faut avant

  • décider du choix du débat et choisir qui sera « pour » et qui sera « contre »
  • mettre les arguments au point (trace écrite qui peut être le bilan d’une activité menée auparavant)
  • réfléchir aux différentes façons de présenter ses idées et de contrer celles de l’adversaire
  • décider du temps d’argumentation dont disposera chaque équipe
    Dans tous les cas, il est indispensable de laisser à la classe quelques minutes de préparation pour élaborer le scénario et s’exercer (en dépit d’un niveau sonore plus élevé…) et laisser les élèves jouer, ne pas le leur imposer (élèves timides…)


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Responsable éditorial : M. le recteur Pierre-Yves Duwoye - Responsable de la rédaction : Mme Catherine Torres, IA-IPR
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