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Projet « Eclairages Suisses »

mardi 5 juin 2007, par Delphine Bour

 1. Naissance du projet

Ce projet est né à l’occasion d’une réflexion menée sur les nouvelles pratiques pédagogiques induites par le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues, et notamment dans le cadre des échanges et voyages que j’organise depuis quelques années.

Pourquoi ? Parce que, si les échanges (à distance et en présence) sont évidemment un Plus important pour l’enseignement des langues vivantes, que ce soit en terme de motivation ou de progrès linguistiques, force est de constater qu’il est difficile pour les élèves de trouver - à moyen terme - matière à discussion. Une fois envolée la nouveauté, le plaisir de découvrir l’autre, la curiosité, que reste-t-il ? Les échanges entre élèves se font plus brefs, moins réguliers et finissent par s’arrêter1.

Comment palier cette difficulté ? Comment faire en sorte que l’échange avec un établissement étranger soit la base d’un véritable projet linguistique ? Comment enfin réunir les objectifs du cours de langue en terme de compétences communicatives, d’activités langagières et de tâches, le plus possible authentiques, c’est à dire non exemptes de contraintes de situation réelle, et le travail à un projet d’échange linguistique ?

Pour tenter de répondre à ces interrogations, j’ai commencé par m’inscrire au stage du PAF « La pédagogie de l’échange à distance », organisé par Micheline Maurice (membre du CIEP). L’objectif retenu était d’apprendre à élaborer des projets à distance, notamment dans le cadre du programme e-twinning, mais aussi d’analyser et d’évaluer les pratiques de conduite de projet. Concrètement, cela incitait à réfléchir sur les aspects pédagogiques et techniques de tels échanges, le rôle de la production finale (dont la place est centrale), la place des langues, la dimension intercultuelle, le travail en partenariat...

Ce stage a été très bénéfique. Il m’a permis d’aborder les différents problèmes avec méthode, car conduire un projet de partenariat aussi poussé ne s’improvise pas, mais aussi de pouvoir échanger avec d’autres collègues, ce qui, là encore, favorise une remise en question essentielle à la réussite de tout projet. J’en profite pour remercier Micheline Maurice qui a fait de ce stage un moment clé de l’année, et qui aura contribué à sa façon à la réussite de ce projet.

 2. Mise en place du projet d’échange pédagogique

Une fois les questions posées, il ne restait qu’à trouver un partenaire, un sujet, et une idée de production finale... On pourrait penser que c’est la partie la plus difficile ? Rien de tel car un concours de circonstances a facilité la mise en place du projet.

 2.1. Le partenaire

La présence de notre assistante d’allemand, Maria Hickethier, une jeune étudiante allemande qui vit en Suisse depuis de longues années, m’a incitée à choisir la Suisse comme pays partenaire. C’était l’occasion rêvée de montrer concrètement aux élèves que l’Allemagne n’est pas notre seul partenaire linguistique et que d’autres pays comme l’Autriche et la Suisse ont également un rôle à jouer.

Maria a accepté de prendre contact avec son lycée de Kreuzlingen, ville jumelle de Constance, et après accord des deux chefs d’établissement, nous avons commencé à réfléchir aux modalités de notre partenariat. C’était pour le lycée de Kreuzlingen une première, car jusqu’à présent, il n’avait jamais mené d’échange avec un établissement scolaire français. En outre, compte tenu du calendrier scolaire, il était clair dès le début, que les élèves suisses viendraient sur une période de vacances, sans accompagnateurs, et que de fait, ils auraient essentiellement un programme culturel en France. Nous avons donc décidé conjointement que même si les élèves suisses n’avaient matériellement pas la possibilité d’entrer dans un projet « d’échange pédagogique avec production commune », ils aideraient activement à la réalisation et à la réussite du projet des élèves français, ce qui impliquait quand même une véritable collaboration.1

 2.2. Le sujet

Mon objectif était d’inscrire notre échange avec la Suisse dans le cadre des Nouveaux Programmes de première, mais aussi de terminale, afin d’une part d’illustrer concrètement la thématique de « pouvoirs contre-pouvoirs » à leur programme, mais aussi de créer un pont avec l’année de terminale2, d’autant que la thématique de « rapport au monde » avec ses notions d’identité, de conflits et de contact des cultures s’y prêtait particulièrement, mais nous y reviendrons. Le projet a donc pris le titre d’« Eclairages suisses ».

 2.3. La production finale et les diverses tâches

Afin de tenir compte des recommandations officielles, mon idée était de mettre l’accent sur l’oral : la compréhension auditive et l’expression orale. Concrètement, cela signifiait, mettre en contact mes élèves avec des germanophones, leur fournir un contenu pour faciliter les échanges et trouver une possibilité de « conserver » ces échanges afin de les exploiter ! A l’heure des Nouvelles Technologies, de la diffusion massive des lecteurs enregistreurs MP3, de l’émergence des Podcasts et des Videcasts, cela était facile de trouver une solution technique : faire enregistrer aux élèves leurs échanges pour en faire des fichiers audio et vidéo., et, pour rendre compte de notre projet et le présenter officiellement, intégrer ces fichiers à un site Internet. Le cadre était posé, il n’y avait plus qu’à...

 3. La réalisation du projet

 3.1. Les objectifs culturels et interculturels :

J’ai d’abord choisi les thématiques qui me semblaient essentielles et je les ai présentées aux élèves : 1. La Suisse comme espace frontalier : carrefour de l’Europe, 3 pays germanophones autour du lac de Constance, proximité avec la France... 2. Le plurilinguisme : 4 langues officielles en Suisse, existence d’une hiérarchisation ?, problème d’identité ?... 3. La Suisse et l’Europe : question de l’intégration... 4. La neutralité suisse : ses origines, son actualité, sa pérennité ?... 5. La Croix Rouge : origines, réalités, place dans le monde ... J’ai ensuite demandé aux élèves s’ils souhaitaient ajouter des axes d’étude, ce qui a été le cas. Nous avons donc ajouté à la liste les sujets suivants : 6. Les traditions culturelles : spécificités, différences avec l’Allemagne... 7. Le tourisme : sa place, son rôle... 8. Le système scolaire : similitudes et différences 9. L’image de l’Autre : entre préjugés et réalités... 10. L’environnement : sensibilisation à l’écologie, sa place, prise de conscience collective... Une fois les objectifs culturels et interculturels définis, il fallait décider de la forme qu’allait prendre notre travail.

 3.2. La production finale

3.2.1. Aspect technique Un site web réalisé par le professeur avec des pages Internet sur chaque sujet proposant à chaque fois une introduction à la thématique, un reportage réalisé sur place (interviews audio, video, écrites le cas échéant), dans certains cas des sondages et enfin une synthèse des élèves sur leurs perceptions et leurs conclusions.

3.2.2. Aspect linguistique L’idée forte qui a présidé à nos choix était de faire en sorte que nos travaux soient consultables par toutes les personnes intéressées, c’est à dire la communauté éducative française : les élèves (même non-germanistes), les professeurs, les parents... mais aussi nos partenaires suisses dans les mêmes proportions. De fait, le recours à la traduction nous a semblé d’office primordial. Pour autant, nous avons pensé que les francophones désireux de découvrir les reportages en version originale ne devaient pas être oubliés. C’est pourquoi nous nous sommes mis d’accord sur le cadre suivant : les interviews et reportages seraient accessibles systématiquement en : - version originale - version originale sous-titrée français (pour les fichiers vidéo) - version originale doublée en français (pour les fichiers audio) Le contenu des pages Internet serait lui aussi bilingue. Nous n’avions alors pas tranché définitivement sur la forme du contenu bilingue, car cela allait dépendre des éléments de contenu que nous rapporterions de Suisse.

 3.3. Les différentes étapes

3.3.1. Réalisation d’une brochure de travail Nous avons commencé par rassembler des informations sur toutes ces thématiques. Notre documentaliste, Maria et moi-même avions listé une série de supports (sites Internet, articles, ouvrages...) afin d’aider le début des recherches. Un travail de groupe a permis de répartir les sujets et les tâches. L’objectif était de rédiger une brochure informative dans les deux langues, afin que tous les participants au projet puissent s’imprégner des notions essentielles et d’une synthèse du contenu. Cette étape a duré environ 3 semaines. Les élèves ont travaillé en raison d’une heure par semaine au CDI et chez eux. Au bout de 3 semaines, la brochure était prête, notre documentaliste nous l’a éditée, de sorte que chacun avait son B-A-BA sur lui.

3.3.2. Préparation des reportages Interviewer des gens dans une langue étrangère n’est pas chose aisée quand on est élève de première. Il a donc fallu préparer un minimum les reportages qui allaient être effectués sur place. Chaque groupe a commencé par se poser des questions, puis a essayé de formuler des idées, une problématique, de rédiger quelques éléments en allemand. Notre rôle avec Maria a consisté à guider leurs analyses et à corriger la langue quand les erreurs pouvaient mener à des contre-sens importants.

3.3.3. Choix des supports et préparation des autorisations de publication Les différents groupes ont également choisi leurs supports (écrit, audio ou vidéo) afin d’orienter leur travail. Mais il a également fallu penser aux autorisations de publication, indispensables pour éditer du contenu sur Internet. Au moment du départ, chaque élève avait donc dans ses bagages ; un script d’interview en cas de « panne », des autorisations de publication photo, audio et vidéo et la brochure informative pour se remémorer, au cas où, les points essentiels.

3.3.4. Reportages sur place Ils se sont faits dans le cadre de notre programme pédagogique lors de l’échange en mars / avril 2007. Des rendez-vous avaient été pris avant notre départ : - au centre de la Croix Rouge de Weinfelden avec la directrice Mme Wehrli et M Lei, un ex ministre du canton qui avaient accepté de nous recevoir. - avec des étudiants de l’université de Constance. - avec des élèves et des enseignants de la KSK. Mais les élèves ne s’en sont pas contentés, ils se sont rendus les uns, à l’Office de Tourisme, les autres, dans une pâtisserie, d’autres encore ont choisi d’interviewer des anonymes... Une fois, leurs reportages en poche, nous nous retrouvions au lycée dans la salle Informatique où nous avons pu immédiatement vérifier le contenu des fichiers et commencer à les exploiter.

3.3.5. Exploitation des données au retour C’est la partie du travail que nous avions le plus sous-estimée tant elle fut longue et exigeante d’un point de vue technique et linguistique.

3.3.5.1. Aspect technique Il a fallu commencer par nettoyer tous les fichiers sons et vidéos afin de proposer sur le site Internet des fichiers « audibles ». Bien entendu, il a fallu opérer des coupes et des arrangements. J’en profite pour dire que sans le logiciel gratuit « Audacity », les choses auraient été très difficiles, mais il a tout de même fallu nous l’approprier, car bien sûr, dans l’ensemble nous étions tous des novices. Enfin, il a fallu passer à l’opération « doublage » qui a nécessité en premier lieu un effort de traduction, puis de vraies qualités de journalistes car la tâche n’est pas aisée. Dans le cas des fichiers vidéo, les choses ont encore été plus délicates car il n’existe pas de logiciel gratuit que les élèves auraient pu utiliser. J’ai donc travaillé à l’aide de « Imovie HD » (Mac) que j’ai d’abord dû prendre en main pour réussir à maîtriser les opérations de coupe, sous-titrage et extraction de bande-son pour le doublage. Les élèves travaillaient sur les fichiers textes et m’envoyaient leur travail que je corrigeais et que je transformais en sous-titres. Une fois les fichiers et photos réunis, j’ai pu commencer à intégrer le contenu dans le site Internet. Toute l’opération a bien duré 1 mois et demi...

3.3.5.2. Aspect linguistique La question linguistique a été l’un des sujets de réflexion central de ce projet, et ce pour diverses raisons : 1/ Il s’agissait de faire travailler les élèves sur place en allemand et de les confronter à des situations de communication réelles avec des germanophones. On peut aisément imaginer l’appréhension des élèves, confrontés à une situation jusqu’alors inconnue. Cela explique pourquoi parfois dans les interviews, ils hésitent, butent sur des mots, commettent des erreurs d’accentuation et / ou de prononciation, et parfois même des erreurs linguistiques. C’était le prix à payer pour favoriser l’authenticité et la spontanéité. 2/ Lors du passage à la phase “Internet” à notre retour de Suisse, nous avons beaucoup travaillé sur la question de la transcription : traduction, doublage, sous-titrage, autant de sujets qui nous ont occupés longuement. Ce travail a pris tout son sens, car les élèves avaient envie de communiquer à propos de leur expérience avec des personnes qui ne maîtrisent pas forcément l’allemand : leurs familles, leurs amis ... Il était impensable d’un point de vue délai, d’envisager une traduction complète des interviews, des reportages et des analyses des élèves. Nous avons donc privilégié l’accessibilité des reportages (que ce soit les fichiers texte, audio ou vidéo). Pour le reste, j’ai volontairement laissé une marge de liberté aux élèves. Certains groupes ont fait le choix d’une traduction “au plus près”, d’autres ont préféré commenter pour expliquer, certains encore ont choisi d’écrire dans les deux langues, sans traduire...

 4. Bilan et Perspectives

L’heure du bilan est à présent venue... Je crois que l’on peut dire que ce projet est une réussite, et ce tant du point de vue du professeur que du point de vue des élèves. Dans un premier temps, il me paraît important d’insister sur la motivation et l’investissement des élèves tout au long de ce projet. Ils en ont véritablement été les acteurs, et des acteurs enjoués et volontaires ! Ensuite, il faut souligner les acquis nouveaux des élèves, que ce soit d’un point de vue linguistique, je pense bien sûr aux progrès réalisés en terme de compréhension orale, mais aussi d’expression qu’elle soit orale ou écrite, mais également d’un point de vue technique, car beaucoup d’entre eux ne savaient pas bien utiliser des outils tels que l’enregistreur mp3, la caméra, les logiciels de montage audio et vidéo... Il m’a d’ailleurs semblé très important que des élèves qui réussissent moyennement en classe puissent montrer d’autres qualités et d’autres compétences à travers ce projet, qui de fait, les a mis en valeur et leur a donné un « statut » au sein du groupe. Enfin, je voudrais évoquer les acquis méthodologiques des élèves : les notions de « conduite de projet » et de « travail en groupe » ont pris un nouveau sens pour eux et devraient continuer à leur servir à l’avenir. Le professeur que je suis, ne peut bien sûr que se réjouir de voir ses élèves (re)motivés et volontaires.

Cela dit, la réalisation de ce projet n’a pas été non plus « un long fleuve tranquille ». Comme je l’ai déjà évoqué précédemment, je n’avais au départ absolument aucune conscience du temps que cela allait représenter en terme de travail et d’heures passées. Et c’est peut-être là un bémol important, car il n’est pas possible d’envisager de réaliser des projets de cette envergure avec l’ensemble de mes classes et même peut-être chaque année... Il faudra sûrement tirer la leçon de cette première expérience et « calibrer » davantage le projet à l’avenir. Mais il est vrai aussi que dans le cas d’un projet à distance réalisé en coopération, la charge de travail est moindre.

Malgré ce bémol, j’ai déjà très envie, et les élèves aussi, de me relancer dans une nouvelle aventure... Un véritable échange à distance avec notre partenaire suisse se profile pour l’an prochain. Il concernera la future seconde européenne et son homologue suisse. La thématique sera différente, la production finale aussi semble-t-il, mais ce sera l’objet d’un prochain article...

Pour visiter le site Internet : www.eurodeutsch.eu



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